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Extrait vidéo du Conseil des ministres de ce mercredi 24 avril 2019

25 avril 2019 – 5 h 48 min Pas de Commentaire | 300 views

Le Conseil  des ministres s’est tenu  ce jour 24 avril 2019 sous la présidence du Premier ministre  S.E.M Christophe Joseph Marie Dabiré, de 9 heures à 15h 50mn.
Le Conseil a délibéré sur des dossiers.
Concernant le …

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Jeudi 8 déc. – Panel II. THEME : « Mutations technologiques et orientations de la gouvernance du secteur de la communication » Communication de M. Agnès YVES, Président de l’association de Préfiguration d’un Conseil de Presse. « Déontologie des médias : questions d’actualité et questions récurrentes »

Soumis par par 9 décembre 2011 – 19 h 24 minPas de commentaire | 20 943 views

La déontologie des médias et des journalistes est au cœur des préoccupations actuelles des professionnels de l’information dans de nombreux pays. En voici quelques exemples.

Au Royaume-Uni, la profession est secouée par le scandale des écoutes téléphoniques pratiquées par le News of the World de Rupert Murdoch, et la « Press Complaints Commission », le conseil de presse britannique, est sur la sellette. En France, les dérives déontologiques sont en forte croissance (le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, par exemple, a noté un accroissement de 48 % des dossiers concernant la déontologie en 2010 par rapport à 2009) ; la déontologie a été parmi les sujets principaux abordés aux Assises du Journalisme et de l’Information à Poitiers en novembre. En Amérique centrale s’est tenu en septembre un séminaire professionnel sur « Presse et Etat de droit ». En Palestine, la profession prépare la création d’un conseil de presse indépendant.

En Tunisie, en plein essor démocratique, un colloque a été réuni en novembre sur « Le droit à une information de qualité ». En Algérie, le gouvernement a annoncé cette année la création d’une autorité de régulation. Au Cameroun a été créé en avril l’Observatoire camerounais de la déontologie et de l’éthique des médias, comparable à d’autres organismes similaires dans des pays d’Afrique francophone. Au Togo, le rôle de la Haute Autorité de la Communication est en débat. En Guinée Conakry, les médias s’inquiètent d’une restriction de la liberté de la presse… Etc. , Etc.

Dans de nombreuses régions en effet, les évolutions technologique (c’est la montée en puissance d’Internet et des outils de communication qui l’accompagnent), sociale (le rôle critique exercé de plus en plus par le public citoyen) et politique (vers plus de démocratie dans un certain nombre de pays) concourent à placer le droit, l’éthique et la déontologie parmi les grands sujets de questionnement des professionnels. Et c’est bien normal puisque les fondements des règles qui en découlent reposent notamment sur deux postulats – ou évidences – fondamentaux : nous travaillons pour le public ; et ce public a droit à une information de qualité. Un droit reconnu en filigrane par la Déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948 (article 19) : « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit ».

On ne le répétera jamais assez : le journalisme n’est pas un job, un métier comme les autres, puisqu’il concourt, dans les sociétés démocratiques, au bon fonctionnement de celles-ci. Et le journalisme « augmenté », (selon l’expression du journaliste et chercheur français Eric Scherer, dans son récent livre A-t-on encore besoin des journalistes ?), c’est-à-dire enrichi par les multiples capacités d’Internet, nous apporte de nouvelles questions. Mais il nous oblige aussi à nous interroger sur les pratiques anciennes et permanentes qui iraient à l’encontre d’une relation transparente avec le public et de la crédibilité qui est la force de notre métier.

Plantons d’abord le décor, derrière la scène où nous jouons chaque jour, chaque heure, notre pièce. A savoir essayons, pour bien clarifier nos réflexions, de distinguer le droit de la déontologie.

Le droit de la presse est d’ampleur variable selon les pays. Il est particulièrement développé en France, où il apparaît avec la loi fondatrice du 29 juillet 1881, s’appuyant sur l’article XI de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 sur la « liberté de communication » (« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi »). Contrairement par exemple aux Etats-Unis, où le 1er amendement de la Constitution (adopté en 1791) précise notamment que le Congrès « ne pourra faire aucune loi (…) restreignant la liberté de parole ou de la presse ».

Le droit français, dont se sont inspirés certains pays africains, concerne essentiellement trois domaines.

  • Le respect des personnes : injure et diffamation, atteinte à la vie privée, droit à son image, présomption d’innocence, protection des mineurs.
  • La défense de l’ordre social : incitation au meurtre, à la violence, apologie des crimes, secrets concernant la défense nationale, propos racistes et sexistes, offense et outrage au chef de l’Etat et aux chefs d’Etat étrangers, diffusion de fausses nouvelles pouvant menacer la paix publique.
  • Les pratiques professionnelles : respect du secret des sources du journaliste, droit de réponse, droit d’auteur et plagiat, droit d’accès aux documents publics.

La déontologie journalistique, c’est-à-dire le respect par les professionnels (éditeurs et journalistes) d’un code de « bonne conduite » découlant de l’éthique personnelle et collective, concerne quant à elle en France d’une part le respect de ce droit, d’autre part un certain nombre de règles et d’usages professionnels qui n’y sont pas incluses. Ce sont notamment :

  • l’indépendance à l’égard des sources et le refus des conflits d’intérêts (qu’ils soient financiers ou autres) ;
  • le rejet de la corruption, petite et grande ;
  • l’incompatibilité de l’exercice du journalisme avec celui de la « communication » (publicité et relations publiques) ;
  • le rejet dans les contenus informatifs de la confusion entre information d’une part, publicité, promotion ou propagande d’autre part ;
  • le non diffusion de fausses rumeurs ;
  • le respect de l’exactitude des faits, ce qui suppose vérification et pluralité des sources ;
  • l’équité de traitement entre les protagonistes d’une affaire…

Selon l’ampleur du droit de la presse dans chaque pays, les règles déontologiques de complément seront moins ou plus nombreuses.

Nous voici donc dans le concret de la pratique du journalisme. Essayons d’abord de cerner quelles interrogations sont nées avec la montée en puissance d’Internet.

Soyons-en assurés, ce nouveau média capable de diffuser tous les autres – textes, sons, images fixes et animées – et de concilier l’immédiateté avec l’approfondissement (grâce aux possibilités indéfinies des « liens » et de « l’hypertexte ») est une révolution qui n’en est qu’à ses débuts. Elle concerne l’Afrique autant, et sans doute plus, que la vieille Europe…

Pendant longtemps, me semble-t-il, la radio a été le premier média en Afrique, et l’est encore. La télévision a été surtout le vecteur de l’information « officielle », la presse écrite dans son ensemble jouant le rôle de « média de référence », car les paroles s’envolent et les écrits restent. Cette situation sera sans doute rapidement dépassée, la Toile numérique possédant la double capacité de pouvoir toucher chacun d’entre nous, soit pour recevoir des informations, soit pour s’en servir personnellement et exprimer librement ses opinions… « C’est la voie de l’avenir », déclarait le mois dernier Tidiane Dioh, journaliste sénégalais responsable des programmes médias de l’Organisation Internationale de la Francophonie, lors d’un séminaire à Sofia en Bulgarie, en notant à l’appui de son propos que 500 millions de personnes en Afrique se servent déjà d’un téléphone mobile…

La voie de l’avenir,  à condition, bien sûr, que soit réduite la fracture numérique qui prive encore de nombreux citoyens des pays africains de ces remarquables capacités. C’est sans doute une tâche primordiale pour les gouvernements, pour les entités politiques et économiques continentales et régionales, pour la Banque Africaine de Développement. Car l’information peut jouer, on le sait, un rôle de premier plan, non seulement dans la gouvernance démocratique, mais aussi dans le développement économique et social qui lui est lié.

Quelles sont les interrogations déontologiques, spécifiques ou renouvelées, que pose le développement rapide et puissant de l’information sur Internet ? Les discussions professionnelles sur le sujet, en France et ailleurs, portent surtout sur la véracité de l’information, les rapports avec le public des internautes, la protection des sources et le respect des personnes.

Contrôle, vérification, rectification. La rapidité, l’immédiateté du Net implique un effort de vérification et de contrôle, en particulier pour les informations qui circulent de site en site, et pour la grande nouveauté d’Internet : la participation du public à la fabrication de l’information. Les internautes, par courriel et via les « réseaux sociaux » (Facebook, Twitter…), apportent alertes informatives, textes, sons, photos, vidéos. Un tri s’impose, mais aussi une vérification scrupuleuse par les professionnels de la rédaction. Sinon, les contre-vérités et les manipulations sont au rendez-vous ! Ainsi la chaîne publique française France 24 (dédiée à l’international) – où un JT sur trois diffuse des photos et des vidéos lui parvenant par ces moyens – a des journalistes préposés à ce travail, qui « tracent » l’origine de l’information, la recoupent, et vérifient aussi la validité des documents grâce à des outils informatiques. Ainsi, un logiciel spécialisé mis au point par l’Agence France Presse a permis à cette dernière de déceler le trucage d’une photo montrant le colonel Kadhafi mort, qui circulait sur Internet…

La propagation de rumeurs, de faux témoignages, de canulars et de fausses nouvelles est une des spécialités d’Internet. Pas la meilleure… On se souvient en France du suicide de 147 jeunes Japonais, morts en « gobant des poches de silicone » pour protester contre le report de la sortie d’un jeu vidéo ! C’était en mars 2004 : ce canular loufoque, diffusé sur un site spécialisé par un étudiant farceur, avait pourtant été repris sérieusement en novembre par le quotidien Libération, puis par la chaîne de télévision France 2, sans aucune vérification… Ces deux médias ont dû faire des excuses à leurs publics respectifs. Pour éviter ces erreurs grossières, la prudence s’impose si l’on ne veut par perdre sa crédibilité…

Il faut aussi être attentif, pour les sites en ligne, aux mises à jour et aux rectifications. Une datation précise ne s’impose-t-elle pas, pour permettre à l’internaute de savoir à quel moment on a complété ou rectifié un passage dans un article ? S’agissant du « droit de réponse », une obligation légale en France souvent ignorée des médias traditionnels, il concerne aussi les sites d’information en ligne, qu’ils soient adossés à un média ou « pure players ». Un petit site indépendant (Ouvertures.net) a « implémenté » ce droit de réponse, c’est-à-dire que celui-ci est prévu pour tout article du site, accessible par l’internaute au début du texte, et modéré a posteriori.

Modération et anonymat. Cette « modération » des commentaires des internautes a été l’un des premiers soucis rencontrés sur le Net, il reste d’actualité. Au point que certains sites (c’est le cas par exemple du monde.fr ou de mediapart.fr) réservent ces commentaires à leurs abonnés. Chaque média étant responsable de ce qu’il diffuse, toute atteinte à la législation le prend en effet en défaut. La diffamation, le racisme, l’incitation à la haine sont punissables en France, et les sites professionnels s’emploient à éliminer a priori les commentaires abusifs.

Une autre question se pose : l’emploi d’un pseudo – la grande mode chez les internautes – qui rend anonymes les commentaires. Pas pour le média (qui a généralement les moyens techniques de remonter à la source), mais pour le lecteur. N’a-t-il pas droit dans ce cas à la même transparence que pour les journalistes qui s’adressent à lui ?

Protection des sources et respect des personnes. L’affaire Wikileaks, qui a eu un retentissement mondial, a mis en lumière la nécessité déontologique de règles de prudence dans la diffusion des informations livrées « brutes » par l’équipe de Julian Assange. Ce qui fut fait, dans un premier temps, par les cinq quotidiens partenaires (New York Times, The Guardian, Der Spiegel, Le Monde, El Pais), mais ce que n’a pas fait le patron de Wikileaks en diffusant ensuite la totalité des câbles diplomatiques des Etats-Unis qu’il avait récupérés. Mettant ainsi en danger la vie de personnes identifiables. Les respect des personnes (ce qui peut à l’évidence impliquer parfois leur anonymat) nous renvoie, dans certains cas, à rompre avec la transparence et à ne pas dévoiler ses sources, pratique reconnue par la législation française et européenne. Elle sert avant tout à permettre le travail d’enquête, les pouvoirs détenteurs d’informations sensibles faisant généralement peu de cas, eux-mêmes, de cette transparence à laquelle ont droit les citoyens… Respecter l’anonymat de certaines sources peut signifier, avec Internet, la nécessité de mettre en place une sécurisation informatique de ses systèmes, ce qu’a su, soit dit en passant, parfaitement réaliser l’ex hacker Assange, avec des moyens à la mesure de ses ambitions et de son goût du secret… En tout cas, la question a été posée très récemment à Paris lors d’un colloque du Syndicat de la Presse Indépendante d’Information en Ligne, qui regroupe près d’une centaine de sites professionnels « pure players ».

En fait, on voit bien qu’en matière de déontologie, les principes de base à appliquer sont les mêmes pour les sites Internet que pour les autres types de médias. Ainsi, le Conseil de Presse du Québec s’est-il demandé s’il fallait amender son code de référence pour tenir compte des nouveaux usages des médias électroniques. La réponse est négative. Ce qui n’empêche pas, dans la pratique, d’adapter ces principes par des règles d’application différentes selon les médias. On l’a déjà vu par le passé avec la télévision, où l’utilisation des images, notamment celles provenant des archives, a été réglementé en France par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel.

Examinons donc maintenant quels sont les principaux questionnements de la déontologie journalistique, apparue en France en même temps que le premier journal : Théophraste Renaudot s’interrogeait déjà peu après la création de sa Gazette le 30 mai 1631 (le premier journal français), notamment sur la « vérité » et l’exactitude de l’information, la pluralité des sources, ou encore la position du journaliste : être « le rapporteur et non la partie », écrivait-il en 1632…

Si l’on se réfère aux cas les plus flagrants de dérapage constatés en France, ces deux dernières années 2010 et 2011, on peut classer ceux-ci en quatre catégories : honnêteté de l’information, conflits d’intérêts et connivence, justice et équité, relations avec le public.

D’abord ce qui relève de l’honnêteté de l’information. C’est par exemple l’inexactitude des faits rapportés, leur déformation, les fausses informations (volontaires ou non), le plagiat, le bidonnage, la tromperie… Un seul exemple, révélateur. En France, la « fausse interview » de Fidel Castro par Patrick Poivre d’Arvor, présentateur vedette du JT de TF1, le 16 décembre 1991, est restée dans la mémoire collective de la profession. « PPDA » avait transformé une conférence de presse du líder maximo à La Havane en interview exclusive… Cette tromperie grossière a pourtant été renouvelée, le 2 mars 2010 sur la radio Europe 1, par un journaliste sportif, Alexandre Delpérier. Utilisant une conférence de presse de Raymond Domenech, entraîneur à l’époque de l’équipe nationale de football, avec les questions posées par ses confrères, il l’a mise en scène comme s’il s’agissait d’une interview. La différence avec 1991, c’est que le journaliste a dû démissionner, alors que PPDA est resté sur la « une » jusqu’à sa retraite forcée à la mi – 2008.

Deuxième catégorie, ce qui relève du conflit d’intérêts, de la connivence avec les sources, de la confusion entre information et publicité… Le cas récent de conflit d’intérêts le plus marquant dans l’Hexagone est celui de la journaliste et présentatrice Audrey Pulvar, contrainte elle aussi de quitter ses émissions politiques sur i>télé et France Inter en novembre 2010, après que sa liaison avec  le député et dirigeant socialiste Arnaud Montebourg eut été révélée par la presse « people ». Ce qui ne l’empêcha pas, dans une émission d’ infotainment, c’est-à-dire mélangeant l’information et le divertissement, en septembre 2011 sur France 2, d’avoir un échange agressif avec Ségolène Royal, alors candidate à la « primaire » socialiste en même temps que son compagnon !…

Troisième catégorie, qu’on peut rassembler sous la bannière « justice et équité ». C’est tout ce qui concerne la présomption d’innocence, mais aussi le suivi des affaires judiciaires (par exemple, un condamné en première instance peut être blanchi en appel), les propos discriminatoires (les lois sont strictes en France sur le respect des minorités, ce qui n’empêche pas quelques dérives)… Ce respect de la personne n’a pas été effectif, par exemple, dans le cas d’un psychiatre de Dordogne, le Dr Daniel Cosculluela, accusé par des patientes d’avoir abusé d’elles sans leur consentement, en recourant à l’hypnose, ce que le médecin a toujours nié fermement… Au procès d’Assises de Périgueux de juillet 2009, plusieurs médias présentent l’affaire comme déjà tranchée: « Rapports sous ascendant psy » titre le quotidien Libération, « Docteur Coscu et ses dames » renchérit Le Nouvel Observateur. Le psychiatre est condamné à 12 ans de prison pour viol. Mais en appel, en février 2010, les Assises de Bordeaux le lavent de tout crime supposé et ses pseudo-victimes sont déboutées. Mais alors, pas une ligne dans ces deux journaux. Innocent pour la société, le médecin a déjà été jugé coupable, de manière indélébile, par ces médias. Les « blessés de l’information » sont légion, en France comme ailleurs.

Quatrième catégorie de dérives récentes en France : le manque de respect du public, voire l’arrogance de médias et de journalistes à leur égard. Cela se traduit notamment par l’absence de rectification, d’excuses au public lorsqu’on a été en faute, voire de refus du « droit de réponse » légal. On a fait des gorges chaudes d’une affaire amusante survenue il y a à peine un an. Le « philosophe » très médiatique et politique Bernard-Henri Lévy, qui s’est illustré cette année dans la crise libyenne, attaque le 23 décembre 2010, dans une de ses chroniques de l’hebdomadaire Le Point, l’universitaire Bernard Cassen, ancien directeur général du Monde diplomatique, et fondateur de l’association Attac ; il s’indigne du « nouveau rapprochement rouge-brun qui voit les crânes rasés du Bloc Identitaire fricoter, sur le dos des musulmans de France, avec tel ancien du Monde diplo, Bernard Cassen ». Malheureusement, le bouillant BHL a simplement confondu, sans vérification aucune, Bernard Cassen avec Pierre Cassen, membre fondateur du site d’extrême droite Riposte Laïque… L’erreur est rectifiée sur le site, mais pas dans le journal papier  (430 000 exemplaires de diffusion moyenne) et Cassen envoie un « droit de réponse » un peu ironique, qui lui est refusé par le PDG de l’hebdomadaire, le non moins médiatique Franz-Olivier Giesbert. Le Tribunal de grande instance de Paris a condamné le Point le 3 mars 2011.

Voici donc quelques exemples qui nous montrent que la déontologie n’est pas seulement nécessaire sur Internet, mais aussi et à parts égales dans les médias traditionnels. Si l’on veut respecter le public et garder – ou obtenir – sa confiance, il convient d’être vigilant…

Mais il faut aussi dire un mot, ici à Ouagadougou, des questions déontologiques permanentes qui se posent dans de nombreux médias africains. N’ayant pas qualité pour me substituer à nos confrères burkinabé ou d’autres pays du continent, je voudrais rappeler seulement quelques évidences, que connaissent bien les Observatoires déontologiques en Afrique francophone et qui sont discutées dans les colloques sur le sujet. Je ne retiendrai que deux points, sur lesquels il me semble que des solutions devraient être proposées pour que des progrès puissent être accomplis.

Ainsi, l’injure et la diffamation, et le non-respect de la vie privée, ne me semblent pas de mise, en Afrique comme ailleurs. On peut entretenir une polémique sans s’attaquer à la personne elle-même. On peut toujours énoncer des faits sans que les protagonistes soient jetés en pâture au public. Le temps est sans doute passé d’« embellir » sa prose de noms d’oiseaux et d’outrances verbales. Le fondateur du quotidien Le Monde, Hubert Beuve-Méry, répétait à ses journalistes : « on peut tout dire à condition de choisir ses mots pour le dire ». La langue française, que nous partageons, recèle, vous le savez bien, des trésors qu’il convient d’exploiter. « Les faits sont sacrés, les commentaires sont libres », dit l’adage journalistique. Oui, certainement, c’est une de nos règles de base, mais encore faut-il que cette « liberté » n’aille pas jusqu’à porter atteinte à autrui.

De même faut-il aussi évoquer les pratiques liées au conflit d’intérêts et aux rapports avec l’argent. C’est un grand sujet de réflexion, mais qui ne peut être traité, de mon point de vue, séparément de deux autres : d’une part les rapports des médias et des journalistes avec les pouvoirs et leur capacité à être réellement indépendants ; d’autre part la condition sociale précaire de très nombreux professionnels en Afrique, qui les conduit à pratiquer ce qu’on appelle au Cameroun, par exemple, le « gombo ». Cette pratique est critiquée par des journalistes et des dirigeants africains, mais sans une gestion des médias capable d’assurer leur développement, des salaires corrects pour leurs employés et en même temps de produire des bénéfices, comment y remédier ? Il y a là un vaste chantier de réflexion et d’action. Car, si l’on parle de déontologie journalistique, il est vrai que l’on ne peut prendre son parti de toutes les formes de corruption, minime ou plus grave…

Pour terminer mon propos, j’aimerais souhaiter que ces rencontres de Ouagadougou soient l’occasion de s’interroger en profondeur sur la nature de la profession de journaliste, son rapport au public, son rapport au politique, les repères sont elle a besoin. Le monde change vite. Internet, ici peut-être plus qu’ailleurs, va changer la donne et il est important d’aller de l’avant. Mais pas tout seul dans son coin, car c’est le meilleur moyen d’être submergé par le tsunami qui s’avance. En organisant une réflexion et une action collectives, au bénéfice d’une profession tout entière, c’est-à-dire de chaque média, de chaque journaliste. Et donc de la société où ils sont insérés.

Favoriser l’adoption de règles de droit claires. Favoriser le rassemblement plutôt que la division. Créer ou vivifier des organes indépendants d’autorégulation, ou, mieux, de co-régulation avec des représentants du public. Etre pédagogues pour faire comprendre qu’il n’y a pas de liberté de la presse sans responsabilité à l’égard de ce public, de la part des éditeurs comme des journalistes et quels que soient les médias.

Bien savoir, enfin, où l’on en est et se fixer des objectifs. Car comme le disait déjà le romain Sénèque il y a une vingtaine de siècles, « ne sachant où ils étaient, ni où ils voulaient aller, ils ne trouvèrent pas les vents favorables pour les y conduire ».

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